08 novembre 2009
Trente-deuxième dimanche du temps ordinaire

Au Royaume des cieux, tous ensemble, et comme un seul homme, seront un seul roi avec Dieu, car tous voudront une seule chose et leur volonté s'accomplira. Voilà le bien que, du haut du ciel, Dieu déclare mettre en vente.
Si quelqu'un se demande à quel prix, voici la réponse : il n'a pas besoin d'une monnaie terrestre, celui qui offre un Royaume dans le ciel. Personne ne peut donner à Dieu que ce qui lui appartient déjà, puisque tout ce qui existe est à lui. Et cependant, Dieu ne donne pas une si grande chose sans qu'on n'y mette aucun prix : il ne la donne pas à celui qui ne l'apprécie pas. En effet, personne ne donne ce qui lui est cher à celui qui n'y attache pas de prix. Dès lors, si Dieu n'a pas besoin de tes biens, il ne doit pas non plus te donner une si grande chose si tu dédaignes de l'aimer : il ne réclame que l'amour, sans quoi rien ne l'oblige à donner. Aime donc, et tu recevras le Royaume. Aime, et tu le posséderas... Aime donc Dieu plus que toi-même, et déjà tu commences à tenir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel.
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Lettre 112, à Hugues le reclus (trad. Orval)
06 novembre 2009
LA VRAIE RICHESSE DE LA PAUVRE VEUVE
Deux personnages sont ici mis en parallèle : celui du scribe et celui de la pauvre veuve que Jésus décrit pour faire passer son message. Lequel ? La vraie richesse est celle de la pauvreté bien comprise. Le scribe est ce spécialiste chargé, au temps de Jésus, d’être l'interprète officiel des saintes Écritures. Au terme de longues études, vers l'âge de 40 ans, il était ordonné, ce qui lui conférait autorité dans les décisions juridiques, particulièrement au sanhédrin où il siégeait de droit. Personnage éminent, souvent aisé, il a “opinion” sur rue. Mis à l'honneur dans la vie publique, Jésus le décrit pourtant comme riche de son apparence sociale et le charge, parce qu’il « dévore le bien des veuves ». La vraie richesse n’est pas là : ni dans le savoir, ni dans la bourse, ni dans la bonne image sociale, elle se dévoile ailleurs dans l'attitude du cœur. Cet être rempli de confiance à l'égard de Dieu est représenté par la pauvre veuve qui, à l'image de la veuve de Sarepta donnant toute sa farine au prophète Élie, dépose tout son bien dans le tronc du Temple. Elle donne discrètement de son indigence tandis que les riches y versent de leur superflu : « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Voilà la vraie richesse : tout donner et découvrir au cœur de ce sacrifice combien l'amour véritable ne calcule pas car « la confiance en l'amour fait des miracles ».
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitude
03 novembre 2009
"Heureux...dans le Royaume des cieux"
Le psalmiste dit : « Le pain fortifie le coeur de l'homme et le vin réjouit le coeur de l'homme » (Ps 103,15). Pour ceux qui croient en lui, le Christ est nourriture et breuvage, pain et vin. Il est pain, lorsqu'il nous donne force et fermeté, selon cette parole de Pierre : « Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ, vous rétablira et vous donnera force et fermeté » (1P 5,10). Il est breuvage et vin lorsqu'il réjouit, selon le mot du psalmiste : « Réjouis l'âme de ton serviteur, car j'élève mon âme vers toi, Seigneur » (Ps 85,4).
Tout ce qui en nous est fort, solide, ferme, allègre et joyeux pour accomplir les commandements de Dieu, supporter les maux, agir dans l'obéissance, défendre la justice, tout cela est force de ce pain ou joie de ce vin. Heureux ceux dont l'action est forte et joyeuse ! Et puisque personne ne le peut de soi-même, heureux ceux qui désirent avidement s'attacher à ce qui est juste et honnête et être en toutes choses fortifiés et réjouis par celui qui dit : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » (Mt 5,6). Si le Christ est dès maintenant pain et breuvage pour la force et la joie des justes, combien plus le sera-t-il dans la vie future, quand il se donnera aux justes sans mesure ?
Baudoin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien
Le Sacrement de l'autel, II,3 ; PL 204, 691 (trad. Orval ; cf SC 93, p.255 )
02 novembre 2009
Comme le grain de blé
Le bois de la vigne, une fois planté en terre, porte du fruit quand vient le temps. De même, le grain de froment, après être tombé en terre et s'y être dissous (Jn 12,24), resurgit multiplié par l'Esprit de Dieu qui soutient toutes choses. Ensuite, grâce au savoir faire, ils viennent à l'usage des hommes ; puis, en recevant la Parole de Dieu, ils deviennent eucharistie, c'est à dire le Corps et le Sang du Christ.
De même nos corps, qui sont nourris par cette eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s'y être dissous, ressusciteront en leur temps, lorsque le Verbe de Dieu les gratifiera de la résurrection, « pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11). Car il procurera l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est périssable (1Co 15,53), parce que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse (2Co 12,9).
Dans ces conditions nous nous garderons bien, comme si c'était de nous-mêmes que nous avons la vie, de nous enfler d'orgueil, de nous élever contre Dieu en acceptant des pensées d'ingratitude. Au contraire, sachant par expérience que c'est de sa grandeur à lui...que nous tenons de pouvoir vivre à jamais, nous ne nous écarterons pas de la vraie pensée sur Dieu et sur nous-mêmes. Nous saurons quelle puissance Dieu possède et quels bienfaits l'homme reçoit de lui. Nous ne nous méprendrons pas sur la vraie conception qu'il faut avoir de Dieu et de l'homme. D'ailleurs..., si Dieu a permis notre dissolution dans la terre, n'est-ce pas précisément pour que, instruits de toutes ces choses, nous soyons dorénavant attentifs en tout, ne méconnaissant ni Dieu ni nous-mêmes ?... Si la coupe et le pain, par la Parole de Dieu, deviennent eucharistie, comment prétendre que la chair est incapable de recevoir la vie éternelle ?
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les Hérésies V, 2,3 (trad. SC 153, p. 37s rev.)
31 octobre 2009
« Qui s'abaisse sera élevé »
L'humilité n'est pas seulement de nous défier de nous-mêmes, mais aussi de nous confier en Dieu ; la défiance de nous et de nos propres forces produit la confiance en Dieu, et de cette confiance naît la générosité d'esprit. La très sainte Vierge Notre Dame nous a montré un exemple très remarquable à ce sujet lorsqu'elle prononça ces mots : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Quand elle dit qu'elle est la servante du Seigneur, elle fait un acte d'humilité le plus grand qu'il puisse jamais se faire, d'autant qu'elle oppose aux louanges que l'ange lui donne -- qu'elle sera mère de Dieu, que l'enfant qui sortira de ses entrailles sera appelé le Fils du Très-Haut, dignité plus grande que l'on eût pu jamais imaginer -- elle oppose, dis-je, à toutes ces louanges et grandeurs sa bassesse et son indignité, disant qu'elle est la servante du Seigneur. Mais notez bien que dès qu'elle a rendu le devoir à l'humilité, tout de suite elle fait une pratique de générosité très excellente, en disant : « Qu'il me soit fait selon ta parole ».
Il est vrai, voulait-elle dire, que je ne suis, en aucune façon, capable de cette grâce, eu égard à ce que je suis de moi-même, mais en tant que ce qui est bon en moi est de Dieu et que ce que tu me dis est sa très sainte volonté, je crois que cela peut se faire et qu'il se fera ; et, sans douter aucunement, elle dit : « Qu'il me soit fait ainsi que tu le dis ».
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Entretien 5 (in Desjardins, Le Livre des quatre amours, Desclée 1964, p. 142 rev. ; français modernisé)
18 octobre 2009
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Conférence sur le Credo, 6 (trad. bréviaire)
Quelle nécessité y avait-il à ce que le Fils de Dieu souffre pour nous ? Une grande nécessité, que l'on peut résumer en deux points : nécessité de remède à l'égard de nos péchés, nécessité d'exemple pour notre conduite... Car la Passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie... Si tu cherches un exemple de charité : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13)... Si tu cherches la patience, c'est sur la croix qu'on la trouve au maximum... Le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque « couvert d'insultes il ne menaçait pas » (1P 2,23), « comme une brebis conduite à l'abattoir, il n'ouvrait pas la bouche » (Is 53,7)... « Courons donc avec constance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de notre foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l'humiliation de la croix » (He 12,1-2).
Si tu cherches un exemple d'humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate et mourir... Si tu cherches un exemple d'obéissance, tu n'as qu'à suivre celui qui s'est fait obéissant au Père « jusqu'à la mort » (Ph 2,8). « De même que la faute commise par un seul, c'est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l'obéissance d'un seul » (Rm 5,19). Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n'as qu'à suivre celui qui est le « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », « en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (1Tm 6,15; Col 2,3) ; sur la croix il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d'épines, et enfin, abreuvé de fiel et de vinaigre.
Le vrai pouvoir est celui du service.

Il est toujours bon de demander une grâce à Dieu, avec un cœur confiant dans la réponse que le Seigneur saura donner « en son temps ». Mais le souhait des deux frères, Jacques et Jean, ne correspond pas à la volonté de Dieu, c’est pourquoi, Jésus les remet à leur place. Qu’ont-ils donc demandé ? En fait, la meilleure place : « Siéger l'un à sa droite et l'autre à gauche dans sa gloire ». Jésus recadre leur ambition : il les invite à boire la « même coupe de souffrance » que lui, le Serviteur crucifié pour la multitude. Cette « coupe », ils la boiront, donnant par la suite leur vie en témoignage de fidélité au Seigneur. Mais comment peuvent-ils se préparer dès maintenant à acquérir la gloire qu’ils recherchent ? La réponse de Jésus est presque cinglante : être toujours au service, en fait être « pour l'autre ». Le vrai pouvoir est celui de servir le prochain en devenant « l'esclave de tous ». Cela, les religions l'ont bien compris, mais le christianisme en a une compréhension spécifique. La « règle d’or » est commune à toutes : elle spécifie qu’il ne faut rien faire à autrui qu’on ne veuille pas pour soi-même. Elle est parfois formulée positivement : il faut faire à autrui ce qu’on voudrait qu’on nous fasse. L'Ancien Testament parle quant à lui de l'amour du prochain comme celui qu’on aime « comme soi-même », mais seul le christianisme va explicitement jusqu’à « l'amour des ennemis ».
Si nous voulons connaître la gloire de Dieu, devenons des serviteurs et aimons nos ennemis. En fait aimons toujours. Extrait de Feu et Lumière d'Octobre 2009 (n° 287)
| |
11 octobre 2009
PAROLE DE DIEU

Le Christ avait dit au jeune homme : « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements » (Mt 19,17). Il demande : « Lesquels ? », non pour le mettre à l'épreuve, loin de là ; il suppose qu'il y aura pour lui, à côté des commandements de la Loi de Moïse, d'autres commandements qui lui procureront la vie ; c'était la preuve de son désir ardent. Quand Jésus lui eut énoncé les commandements de la Loi, le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l'ai observé avec soin dès ma jeunesse ». Et il ne s'en tint pas là, il demanda : « Que me manque-t-il encore ? » (Mt 19,20), ce qui était le signe même de son désir ardent. Ce n'est pas une petite âme qui estime qu'il lui manque encore quelque chose, qui trouve insuffisant l'idéal proposé pour rejoindre l'objet de son propre désir.
Et que va dire le Christ ? Il propose quelque chose de grand ; il propose d'abord la récompense en déclarant : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi ». Vois-tu quel prix, quelles couronnes il propose pour cette course sportive ?... Pour l'attirer il lui montre une récompense de grande valeur et il remet le tout à son jugement. Ce qui pourrait sembler pénible, il le laisse dans l'ombre. Avant de parler de combats et d'efforts, il lui montre la récompense : « Si tu veux être parfait » dit-il : voilà la gloire, voilà le bonheur !... « Tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi » : voilà la récompense, la récompense superbe de marcher à la suite du Christ, d'être son compagnon et son ami ! Ce jeune homme estimait les richesses de la terre ; le Christ le conseille de s'en dépouiller, non pas pour s'appauvrir dans le dénuement mais pour l'enrichir davantage.
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Eglise
Homélie 63 sur St Matthieu ; PG 58,603 (trad. cf. Marc commenté, DDB 1986, p. 104)
10 octobre 2009
Heureux ceux qui accueillent la Parole de Dieu, son Verbe
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,27-28.
Comme Jésus était en train de parler, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t'a porté dans ses entrailles, et qui t'a nourri de son lait ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »
Il appartient à la Vierge Marie d'avoir conçu le Christ en son sein, mais c'est le partage de tous les élus de le porter avec amour dans leur coeur. Heureuse, oui, très heureuse la femme qui a porté Jésus en elle durant neuf mois (Lc 11,27). Heureux, nous aussi, lorsque nous veillons à le porter sans cesse en notre coeur. Certes, la conception du Christ dans le sein de Marie a été une grande merveille, mais ce n'est pas une moindre merveille que de le voir devenir l'hôte de notre poitrine. C'est le sens de ce témoignage de Jean : « Me voici à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20)... Ici encore, mes frères, considérons quelle est notre dignité et notre ressemblance avec Marie. La Vierge a conçu le Christ dans ses entrailles de chair, et nous le portons dans celles de notre coeur. Marie a nourri le Christ en donnant à ses lèvres le lait de son sein, et nous pouvons lui offrir le repas varié des bonnes actions qui font ses délices.
08 octobre 2009
Rechercher la vie éternelle.

Le jeune homme riche a un bon coeur mais il reste attaché aux biens de ce monde : en fait son cœur est partagé. Comment en arrivons-nous à cette conclusion ? En appelant Jésus comme le « bon Maître », il reconnaît en lui la présence de la Sagesse pour laquelle « tout l'or du monde n’est qu’un peu de sable ». Sa question est profondément juste. À l'inverse du philosophe Kant, pour qui la question fondamentale de la morale est « qu’est-ce que je dois faire ? », cet homme, que l'évangéliste Marc ne nomme pas – et qui en fait vise tout homme – interpelle Jésus de manière spirituelle : « Que dois-je faire de bon pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Loin de rechercher à appliquer les nombreux commandements de la Torah pour avoir la conscience tranquille – ce qu’il affirme déjà faire depuis son enfance – le jeune homme veut devenir héritier de Dieu. En fait, il veut participer à la vie même de Dieu. Mais voilà, son cœur est attaché à ses « biens » et le texte dit qu’ils sont « nombreux ». Jésus, qui voit la profondeur de ses intentions, « pose d’abord son regard sur lui, se met à l'aimer », mais il l'invite ensuite à poser l'acte décisif : tout donner aux pauvres et le suivre. Car pour le Fils de Dieu, la vraie richesse ne réside pas dans l'accumulation des biens : elle se situe dans tout abandonner pour le suivre
Avec Dieu tout est possible, même si c’est difficile : mettons notre confiance d’abord en lui pour devenir vraiment riches, à savoir hériters de son Royaume.
Extrait de Feu et Lumière d'Octobre 2009 (n° 287)
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béat
