31 octobre 2009
« Qui s'abaisse sera élevé »
L'humilité n'est pas seulement de nous défier de nous-mêmes, mais aussi de nous confier en Dieu ; la défiance de nous et de nos propres forces produit la confiance en Dieu, et de cette confiance naît la générosité d'esprit. La très sainte Vierge Notre Dame nous a montré un exemple très remarquable à ce sujet lorsqu'elle prononça ces mots : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Quand elle dit qu'elle est la servante du Seigneur, elle fait un acte d'humilité le plus grand qu'il puisse jamais se faire, d'autant qu'elle oppose aux louanges que l'ange lui donne -- qu'elle sera mère de Dieu, que l'enfant qui sortira de ses entrailles sera appelé le Fils du Très-Haut, dignité plus grande que l'on eût pu jamais imaginer -- elle oppose, dis-je, à toutes ces louanges et grandeurs sa bassesse et son indignité, disant qu'elle est la servante du Seigneur. Mais notez bien que dès qu'elle a rendu le devoir à l'humilité, tout de suite elle fait une pratique de générosité très excellente, en disant : « Qu'il me soit fait selon ta parole ».
Il est vrai, voulait-elle dire, que je ne suis, en aucune façon, capable de cette grâce, eu égard à ce que je suis de moi-même, mais en tant que ce qui est bon en moi est de Dieu et que ce que tu me dis est sa très sainte volonté, je crois que cela peut se faire et qu'il se fera ; et, sans douter aucunement, elle dit : « Qu'il me soit fait ainsi que tu le dis ».
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Entretien 5 (in Desjardins, Le Livre des quatre amours, Desclée 1964, p. 142 rev. ; français modernisé)
18 octobre 2009
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l'Église
Conférence sur le Credo, 6 (trad. bréviaire)
Quelle nécessité y avait-il à ce que le Fils de Dieu souffre pour nous ? Une grande nécessité, que l'on peut résumer en deux points : nécessité de remède à l'égard de nos péchés, nécessité d'exemple pour notre conduite... Car la Passion du Christ nous fournit un modèle valable pour toute notre vie... Si tu cherches un exemple de charité : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13)... Si tu cherches la patience, c'est sur la croix qu'on la trouve au maximum... Le Christ a souffert de grands maux sur la croix, et avec patience, puisque « couvert d'insultes il ne menaçait pas » (1P 2,23), « comme une brebis conduite à l'abattoir, il n'ouvrait pas la bouche » (Is 53,7)... « Courons donc avec constance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de notre foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré, sans avoir de honte, l'humiliation de la croix » (He 12,1-2).
Si tu cherches un exemple d'humilité, regarde le crucifié. Car un Dieu a voulu être jugé sous Ponce Pilate et mourir... Si tu cherches un exemple d'obéissance, tu n'as qu'à suivre celui qui s'est fait obéissant au Père « jusqu'à la mort » (Ph 2,8). « De même que la faute commise par un seul, c'est-à-dire Adam, a rendu tous les hommes pécheurs, de même tous deviendront justes par l'obéissance d'un seul » (Rm 5,19). Si tu cherches un exemple de mépris pour les biens terrestres, tu n'as qu'à suivre celui qui est le « Roi des rois et Seigneur des seigneurs », « en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance » (1Tm 6,15; Col 2,3) ; sur la croix il est nu, tourné en dérision, couvert de crachats, frappé, couronné d'épines, et enfin, abreuvé de fiel et de vinaigre.
Le vrai pouvoir est celui du service.

Il est toujours bon de demander une grâce à Dieu, avec un cœur confiant dans la réponse que le Seigneur saura donner « en son temps ». Mais le souhait des deux frères, Jacques et Jean, ne correspond pas à la volonté de Dieu, c’est pourquoi, Jésus les remet à leur place. Qu’ont-ils donc demandé ? En fait, la meilleure place : « Siéger l'un à sa droite et l'autre à gauche dans sa gloire ». Jésus recadre leur ambition : il les invite à boire la « même coupe de souffrance » que lui, le Serviteur crucifié pour la multitude. Cette « coupe », ils la boiront, donnant par la suite leur vie en témoignage de fidélité au Seigneur. Mais comment peuvent-ils se préparer dès maintenant à acquérir la gloire qu’ils recherchent ? La réponse de Jésus est presque cinglante : être toujours au service, en fait être « pour l'autre ». Le vrai pouvoir est celui de servir le prochain en devenant « l'esclave de tous ». Cela, les religions l'ont bien compris, mais le christianisme en a une compréhension spécifique. La « règle d’or » est commune à toutes : elle spécifie qu’il ne faut rien faire à autrui qu’on ne veuille pas pour soi-même. Elle est parfois formulée positivement : il faut faire à autrui ce qu’on voudrait qu’on nous fasse. L'Ancien Testament parle quant à lui de l'amour du prochain comme celui qu’on aime « comme soi-même », mais seul le christianisme va explicitement jusqu’à « l'amour des ennemis ».
Si nous voulons connaître la gloire de Dieu, devenons des serviteurs et aimons nos ennemis. En fait aimons toujours. Extrait de Feu et Lumière d'Octobre 2009 (n° 287)
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11 octobre 2009
PAROLE DE DIEU

Le Christ avait dit au jeune homme : « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements » (Mt 19,17). Il demande : « Lesquels ? », non pour le mettre à l'épreuve, loin de là ; il suppose qu'il y aura pour lui, à côté des commandements de la Loi de Moïse, d'autres commandements qui lui procureront la vie ; c'était la preuve de son désir ardent. Quand Jésus lui eut énoncé les commandements de la Loi, le jeune homme lui dit : « Tout cela, je l'ai observé avec soin dès ma jeunesse ». Et il ne s'en tint pas là, il demanda : « Que me manque-t-il encore ? » (Mt 19,20), ce qui était le signe même de son désir ardent. Ce n'est pas une petite âme qui estime qu'il lui manque encore quelque chose, qui trouve insuffisant l'idéal proposé pour rejoindre l'objet de son propre désir.
Et que va dire le Christ ? Il propose quelque chose de grand ; il propose d'abord la récompense en déclarant : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi ». Vois-tu quel prix, quelles couronnes il propose pour cette course sportive ?... Pour l'attirer il lui montre une récompense de grande valeur et il remet le tout à son jugement. Ce qui pourrait sembler pénible, il le laisse dans l'ombre. Avant de parler de combats et d'efforts, il lui montre la récompense : « Si tu veux être parfait » dit-il : voilà la gloire, voilà le bonheur !... « Tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi » : voilà la récompense, la récompense superbe de marcher à la suite du Christ, d'être son compagnon et son ami ! Ce jeune homme estimait les richesses de la terre ; le Christ le conseille de s'en dépouiller, non pas pour s'appauvrir dans le dénuement mais pour l'enrichir davantage.
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Eglise
Homélie 63 sur St Matthieu ; PG 58,603 (trad. cf. Marc commenté, DDB 1986, p. 104)
10 octobre 2009
Heureux ceux qui accueillent la Parole de Dieu, son Verbe
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 11,27-28.
Comme Jésus était en train de parler, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t'a porté dans ses entrailles, et qui t'a nourri de son lait ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »
Il appartient à la Vierge Marie d'avoir conçu le Christ en son sein, mais c'est le partage de tous les élus de le porter avec amour dans leur coeur. Heureuse, oui, très heureuse la femme qui a porté Jésus en elle durant neuf mois (Lc 11,27). Heureux, nous aussi, lorsque nous veillons à le porter sans cesse en notre coeur. Certes, la conception du Christ dans le sein de Marie a été une grande merveille, mais ce n'est pas une moindre merveille que de le voir devenir l'hôte de notre poitrine. C'est le sens de ce témoignage de Jean : « Me voici à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20)... Ici encore, mes frères, considérons quelle est notre dignité et notre ressemblance avec Marie. La Vierge a conçu le Christ dans ses entrailles de chair, et nous le portons dans celles de notre coeur. Marie a nourri le Christ en donnant à ses lèvres le lait de son sein, et nous pouvons lui offrir le repas varié des bonnes actions qui font ses délices.
08 octobre 2009
Rechercher la vie éternelle.

Le jeune homme riche a un bon coeur mais il reste attaché aux biens de ce monde : en fait son cœur est partagé. Comment en arrivons-nous à cette conclusion ? En appelant Jésus comme le « bon Maître », il reconnaît en lui la présence de la Sagesse pour laquelle « tout l'or du monde n’est qu’un peu de sable ». Sa question est profondément juste. À l'inverse du philosophe Kant, pour qui la question fondamentale de la morale est « qu’est-ce que je dois faire ? », cet homme, que l'évangéliste Marc ne nomme pas – et qui en fait vise tout homme – interpelle Jésus de manière spirituelle : « Que dois-je faire de bon pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Loin de rechercher à appliquer les nombreux commandements de la Torah pour avoir la conscience tranquille – ce qu’il affirme déjà faire depuis son enfance – le jeune homme veut devenir héritier de Dieu. En fait, il veut participer à la vie même de Dieu. Mais voilà, son cœur est attaché à ses « biens » et le texte dit qu’ils sont « nombreux ». Jésus, qui voit la profondeur de ses intentions, « pose d’abord son regard sur lui, se met à l'aimer », mais il l'invite ensuite à poser l'acte décisif : tout donner aux pauvres et le suivre. Car pour le Fils de Dieu, la vraie richesse ne réside pas dans l'accumulation des biens : elle se situe dans tout abandonner pour le suivre
Avec Dieu tout est possible, même si c’est difficile : mettons notre confiance d’abord en lui pour devenir vraiment riches, à savoir hériters de son Royaume.
Extrait de Feu et Lumière d'Octobre 2009 (n° 287)
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béat
03 octobre 2009
L'HOMME ET LA FEMME SONT UN

L'homme et la femme sont fait pour vivre dans l'unité l'un avec l'autre et cela pour une raison simple. L'unité originelle entre eux précède toute forme de divisions, qui sont la conséquence du péché originel. Ils ont été créés pour se reconnaître, « voici l'os de mes os, la chair de ma chair », mais aussi pour quitter leurs attaches naturelles familiales et ne faire « qu’une seule chair ». Voilà pourquoi Jésus s’adresse aux pharisiens, tatillons sur la Torah, en recadrant leur interprétation. La Loi proclamée par Moïse était un progrès, car les hommes pouvaient à cette époque se séparer comme ils le voulaient de leur épouse, la laissant sans droit. Jésus quant à lui va au cœur du problème : il regarde la cause des séparations, à savoir « l'endurcissement des cœurs ». Créés par un Créateur qui est Dieu, pleinement unifié dans l'amour, les hommes et les femmes, créés à l'image de ce Dieu d’amour, sont appelés à refléter entre eux cette unité de l'Amour. Les attributs de Dieu déterminent ainsi la vocation du mariage : être fidèle, comme Dieu est fidèle ; faire confiance comme Dieu fait confiance à notre liberté ; vivre dans la communion comme Dieu est communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Autant de qualités qui donnent aux époux un cœur pur, à l'inverse de toute volonté de renvoyer sa femme ou de commettre un adultère
Demandons au Seigneur la grâce d’aimer son ami(e), sa fiancée, sa femme et les tous les autres avec un cœur pur.
Extrait de Feu et Lumière de Septembre 2009 (n° 286)
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes
02 octobre 2009
LECTION DIVINA ET LE ROSAIRE(3)

Le Rosaire : de la lecture à la contemplation, avec Marie
Le Rosaire est une démarche de lection divina avec Marie. Dans un premier temps nous lisons un passage de l'Ecriture qui relate un mystère du Rosaire. Puis nous le méditons. Vient ensuite la prière : elle prend dans le Rosaire une dimension apostolique. Elle se traduit par une intention de prière qui accompagne chaque Mystère : ce sont tous les besoins des hommes que, dans le Corps du Christ, nous présentons à Dieu par Marie. Nous demandons que les Mystères de la vie du Christ transfigurent tous les hommes, dans la situation où chacun se trouve.
Enfin nous contemplons. Une dizaine de Réjouis-toi où la clausule est greffée sur le nom de "Jésus", sert de support à la contemplatio, du Seigneur tel qu'il s'est dévoilé dans le Mystère médité.
Le Notre Père
UIne dernière question se pose. Pourquoi la contemplation de chaque Mystère, est-elle précédé du Notre Père ? Cette pratique correspond à un sens très raffiné de la prière chrétienne, qui est adressée au Père, comme le Seigneur nous l'a appris justement dans le Notre Père. Toute prière est prière des fils à leur Père. Mais nous ne sommes fils que dans le Fils et à son image. D'où la nécessité de contempler longuement les mystères du Seigneur pour lui devenir semblable et dire avec toujours plus de vérité Notre Père.
Le Notre Père garantit la dimension chrétienne Chrétienne de la prière du Rosaire. Ce n'est pas une prière qui s'adresse à Marie mais au Père. Nous associons notre prière à celle de Marie qui exulte de joie en contemplant le Mystère du salut qui s'est déployé dans toute la vie de son Fils. Ce Mystère du Salut n'est pas autre chose que notre conversion : Jésus nous apprend par ses paroles et par ses actes à nous tourner vers Lui, en Lui, et par Lui, vers Notre Père.
Soeur Marie-Ancilla o.p.
