« Faites attention à la manière dont vous écoutez »

Écoute en silence. Parce que ton coeur déborde de milliers de choses, tu ne peux pas y entendre la voix de Dieu. Mais dès lors que tu te mets à l'écoute de la voix de Dieu dans ton coeur pacifié, celui-ci se remplit de Dieu. Cela requiert beaucoup de sacrifices. Si nous pensons, voulons prier, il faut nous y préparer. Sans délai. Il ne s'agit là que des premières étapes vers la prière, mais à ne pas les accomplir avec détermination, jamais nous n'atteindrons l'ultime étape, la présence de Dieu.
C'est pourquoi l'apprentissage doit être parfait dès le début : l'on se met à l'écoute de la voix de Dieu dans son coeur ; et, dans le silence du coeur, Dieu se met à parler. Puis, de la plénitude du coeur monte ce que la bouche doit dire. Là s'opère la jonction. Dans le silence du coeur, Dieu parle et tu n'as qu'à l'écouter. Puis, une fois ton coeur entré en plénitude, parce qu'il se retrouve empli de Dieu, empli d'amour, empli de compassion, empli de foi, il revient à ta bouche de se prononcer.
Souviens-toi, avant de parler, qu'il est nécessaire d'écouter et seulement alors, du tréfonds d'un coeur épanoui, peux-tu parler et Dieu t'entendre.
Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Soeurs Missionnaires de la Charité
No Greater Love (trad. Il n'y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 23)
LA VIGNE

La parabole de ce jour montre que la justice de Dieu dépasse toute forme de justice humaine. Cette supériorité de la justice d’amour de Dieu est signifiée dans l’évangile par le comportement du maître de la vigne qui octroie le même salaire aux ouvriers de la première heure – ceux qui ont enduré le poids et la chaleur du jour – qu’à ceux de la dernière heure alors qu’ils n’ont travaillé que très peu de temps. Si Dieu n’est pas injuste dans cette situation – puisque le salaire promis est payé – c’est en fait la nature de sa justice qui est ici dévoilée : elle ne se comptabilise pas à l’avance, Dieu est « libre de faire ce qu’il veut de son bien ». Il est libre d’aimer là où la pauvreté, la misère, l’inégalité ont écrasé des vies humaines, mais il est également libre de manifester son amour quand, comme et à qui il le veut. Le Royaume de Dieu ne s’acquiert pas en effet à coups de mérites ni de travail, il se reçoit gratuitement et s’adresse à tous les hommes en attente, non à quelques privilégiés. À cet égard, les ouvriers de la dernière heure représentent les païens qui ont dorénavant accès eux aussi, à l’instar des Juifs, au salut, même si cela leur est révélé « après » le peuple d’Israël.
Demandons à Dieu de changer notre « œil mauvais », jaloux, en « œil bon » afin de regarder avec bienveillance le succès, la réussite, la promotion, la joie, la paix de ceux qui en endurent moins que nous.
Extrait de Feu et Lumière de septembre 2008 (n° 275)

« Adam, où es-tu ? » (Gn 3,9) : répondre aux appels du Seigneur
Mon âme languit après le Seigneur, et je le cherche avec des larmes. Comment pourrais-je ne pas te chercher ? Toi le premier, tu m'as trouvé. Tu m'as donné de vivre la douceur de ton Saint Esprit, et mon âme t'a aimé. Tu vois, Seigneur, ma peine et mes larmes. Si tu ne m'avais attiré par ton amour, je ne te chercherais pas comme je te cherche. Mais ton Esprit m'a donné de te connaître, et mon âme se réjouit que, toi, tu sois mon Dieu et mon Seigneur, et, jusqu'aux larmes, je languis après toi...
Seigneur miséricordieux, tu vois ma chute et ma douleur ; mais, humblement, j'implore ta clémence : répands sur le pécheur que je suis la grâce de ton Saint Esprit. Son souvenir porte mon esprit à trouver de nouveau ta miséricorde. Seigneur, donne-moi ton humble Esprit pour que je ne perde pas à nouveau ta grâce, et que je ne me lamente pas comme Adam qui pleurait Dieu et le Paradis perdu.
L'Esprit du Christ, que le Seigneur m'a donné, veut le salut de tous, désire que tous connaissent Dieu. Le Seigneur a donné le Paradis au larron ; de même, il le donnera à tout pécheur. Par mes péchés, je suis pire qu'un chien galeux, mais je me suis mis à prier Dieu de me les pardonner, et il m'a accordé non seulement son pardon, mais encore le Saint Esprit. Et dans le Saint Esprit, j'ai connu Dieu...
Le Seigneur est miséricordieux ; cela, mon âme le sait, mais le décrire est impossible. Il est infiniment doux et humble, et lorsque l'âme le voit, elle se transforme tout entière en amour de Dieu et du prochain ; elle devient elle-même douce et humble. Mais si l'homme perd la grâce, il pleurera comme Adam lorsqu'il a été chassé du Paradis... Donne-nous, Seigneur, le repentir d'Adam et ta sainte humilité.
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe
Ecrits (trad. Eds. Présence 1973, p. 254)
LA CROIX GLORIEUSE

Aujourd'hui, en ce dimanche 14 septembre 2008, nous fêtons la Croix
glorieuse du Christ ! Nous honorons cet instrument de supplice sur
lequel Jésus, notre Sauveur et notre Dieu, est mort il y a près de
deux mille ans. Nous vénérons aussi toutes les reliques de la Sainte
Croix disséminées dans le monde entier afin d'enflammer notre coeur
par une dévotion toujours plus grande envers la Passion du Sauveur
des hommes.
Par la Croix et sur la Croix, le corps de Jésus a été marqué des plus
grands trophées qui ont jamais été offerts à n'importe quel athlète
ou sportif que ce soit ! Et l'âme de Jésus a trouvé en cet instrument
la Porte vraiment unique pour entrer dans le Ciel de Dieu pour
l'éternité ! Bref, la Croix peut à juste titre être appelée le "Signe
du Fils de l'homme" (Mt 24, 30), tel que l'Empereur Constantin l'a vu
dans le ciel en l'an 312, signe accompagné des mots : "Par ce signe
tu vaincras."
Par la Croix, Jésus a vaincu la mort, définitivement, pour l'éternité.
Par la Croix, nous pouvons, nous aussi, vaincre la mort, la mort qui
vient du péché, "la seconde mort" dont parle Saint Jean (cf. Ap 20,
14). Par la Croix, Jésus d'abord, nous ensuite, tous nous sommes
conduits, par l'Esprit de Dieu (cf. Hebr 9, 14), vers la Gloire de la
Résurrection ! La Vie éternelle et le Bonheur en Dieu passent par la
Croix : le Signe du Fils de l'Homme est un signe glorieux !
Dans l'évangile de ce dimanche, Jésus lui-même nous donne
l'explication et le sens du serpent d'airain dont il est question
dans la première lecture : "Comme Moïse éleva le serpent dans le
désert, il faut de même que le Fils de l'Homme soit élevé, afin que
tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle." (Jn 3, 14-15) Le
serpent d'airain annonce l'élévation du corps de Jésus sur la Croix
du Clavaire, mais aussi l'élévation de l'âme de Jésus dans le Ciel !
Le serpent d'airain nous plonge donc déjà dans l'éternité, là où
l'homme est appelé par Dieu à le voir face à face, dans une vision
qui vivifie, par l'Esprit de Dieu, tout aussi bien l'âme que le corps
de chacun des élus. Tout comme c'est la vision de Dieu qui vivifie
l'homme dans l'éternité, c'est aussi la vision du serpent d'airain
qui guérit et vivifie le corps des Hébreux, quand ils ont été mordus
par un serpent : "Moïse façonna donc un serpent d'airain, et le fixa
sur un poteau. Si quelqu'un était mordu par un serpent et regardait
le serpent d'airain, il conservait la vie." (Nb 21, 8-9)
Chanoine Dr. Daniel Meynen
« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux »

Ne t'attache pas aux soupçons ou aux hommes qui te portent à te scandaliser de certaines choses. Car ceux qui, d'une manière ou d'une autre, se scandalisent des choses qui leur arrivent, qu'ils les aient voulues ou non, ignorent le chemin de la paix qui, par l'amour, mène à la connaissance de Dieu ceux qui en sont épris.
Il n'a pas encore l'amour parfait, celui qui est encore affecté par les caractères des hommes, qui, par exemple, aime l'un et déteste l'autre, ou qui tantôt aime tantôt déteste le même homme pour les mêmes raisons. L'amour parfait ne déchire pas l'unique et même nature des hommes parce que ceux-ci ont des caractères différents, mais, visant toujours cette nature, il aime tous les hommes également. Il aime les vertueux comme des amis, et les méchants comme des ennemis, leur faisant du bien, les supportant avec patience, endurant ce qui vient d'eux, ne considérant pas du tout la malice, allant même jusqu'à souffrir pour eux si l'occasion lui en est donnée. Ainsi fera-t-il d'eux des amis, si c'est possible. Au moins il sera fidèle à lui-même ; il montre toujours ses fruits à tous les hommes également. Notre Seigneur et Dieu Jésus Christ, montrant l'amour qu'il nous porte, a souffert pour l'humanité tout entière et a donné l'espérance de la résurrection à tous également, même si chacun, par ses oeuvres, appelle sur lui la gloire ou le châtiment.
Saint Maxime le Confesseur (vers 580-662), moine et théologien
Centurie 1 sur l'amour, dans La Philocalie (trad. Bellefontaine 1985, t. 6, p. 27)
« Heureux, vous les pauvres »

Les défavorisés apprennent de l'Église que, selon le jugement de Dieu lui-même, la pauvreté n'est pas un opprobre et qu'il ne faut pas rougir de devoir gagner son pain par le travail. C'est ce que Jésus Christ notre Seigneur a confirmé par son exemple, lui qui « de riche qu'il était, s'est fait pauvre » (2Co 8,9) pour le salut des hommes ; qui, fils de Dieu et Dieu lui-même, a voulu passer aux yeux du monde pour le fils d'un ouvrier ; qui est allé jusqu'à passer une grande partie de sa vie à travailler pour gagner sa vie. « N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie ? » (Mc 6,3)
Quiconque tiendra sous son regard ce modèle divin comprendra facilement ce que nous allons dire : la vraie dignité de l'homme et son excellence résident dans ses moeurs, c'est-à-dire dans sa vertu ; la vertu est le patrimoine commun des mortels, à la portée de tous, des petits et des grands, des pauvres et des riches; seuls la vertu et les mérites, partout où on les rencontre, obtiendront la récompense de la béatitude éternelle. Bien plus, c'est vers les classes infortunées que le coeur de Dieu semble s'incliner davantage. Jésus Christ appelle les pauvres des bienheureux ; il invite avec amour tous ceux qui souffrent et qui pleurent à venir à lui, afin de les consoler (Mt 11,28) ; il embrasse avec une charité plus tendre les petits et les opprimés.
Ces doctrines sont bien faites certainement pour humilier l'âme hautaine du riche et le rendre plus compatissant, pour relever le courage de ceux qui souffrent et leur inspirer de la confiance. Elles pourraient diminuer cette distance que l'orgueil se plaît à maintenir ; on obtiendrait sans peine que des deux côtés on se donne la main et que les volontés s'unissent dans une même amitié.
Léon XIII, pape de 1878 à 1903
Encyclique Rerum novarum, 20
UN DIEU CONSOLATEUR

Qu'est-ce que la consolation ? Qu'est-ce que le Paraclet ?
Une vraie consolation n'a pas lieu par raisonnement et calcul ; en effet discourir et prouver ne consolent pas. Devant le mal, le discours explicatif des raisons, les descriptions des enchaînements de causes, les analyses métaphysiques ou les propos d'ordre général ne valent rien. Il faut dans la consolation quelque chose de vivant : une proximité et un recommencement Qui veut consoler doit aimer. Il doit tendre vers l'autre pour le rejoindre en ce qu'il a d'intime, voir quels sont les axes de détresse, les parties où la souffrance est vive, les zones d'ombre et de douleur. Il doit prendre un autre chemin que la connaissance rationnelle. La force consolatrice doit entrer au plus vif de la douleur et veiller sur elle. Elle doit fortifier de l'intérieur en rejoignant le dynamisme vital de celui qui souffre.
Consoler, c'est éveiller, faire naître, créer, en appeler à ce qu'il y a de meilleur pour construire au milieu de la désolation.
La consolation délivre, soutient, dilate, de telle sorte que l'autre se redresse à partir de son propre centre. Ce qui console c'est l'amour. L'amour éveille la force vitale cachée, de l'intérieur, cette force apporte à celui qui souffre une énergie salutaire.
Consoler, c'est libérer dans une vie désolée une source qui était cachée ; elle irrigue et rend capable de porter fruit.
On rend à soi-même celui qui est désolé. L'œuvre est détruite, les espoirs déçus, les cités dévastées, mais celui qui aime s'allie à ce qui est situé plus profondément encore que ce qui a été enlevé, l'œuvre détruite, l'espoir brisé. Il rejoint la volonté créatrice, il éveille à une nouvelle activité.
Le consolateur sait rejoindre au-delà de ce qui est perdu et qui défigure. Il sait rejoindre une beauté qui demeure quand la beauté a disparu sans pouvoir revenir. Le consolateur accepte ce qui est perdu et le reconquiert dans une autre démarche où il prend le temps d'inventer.
« Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5)

Lorsque le moment fut venu pour la nature humaine de rencontrer la nature divine et de lui être unie si intimement que les deux ne formeraient qu'une seule personne, chacune d'entre elles devait nécessairement être déjà manifestée dans son intégrité. Dieu, pour sa part, s'était révélé de la manière qui convenait à Dieu ; et la Vierge est seule à mettre la nature humaine en lumière... Il semble bien que si Dieu s'est mêlé à la nature humaine non pas dès son origine mais à la fin des temps (Ga 4,4), c'est parce que, avant ce moment, cette nature n'était pas encore pleinement née, tandis que maintenant, en Marie, elle apparaît pour la première fois dans son intégrité...
C'est tout cela que nous sommes venus célébrer avec éclat aujourd'hui. Le jour de la naissance de la Vierge est aussi celui de la naissance du monde entier, car ce jour a vu naître le premier être pleinement humain. Maintenant, « la terre » a vraiment « donné son fruit » (Ps 66,7), cette terre qui de tout temps n'avait produit, avec des ronces et des épines, que la corruption du péché (Gn 3,18). Maintenant le ciel sait qu'il n'a pas été bâti en vain, puisque l'humanité, pour laquelle il fut construit, voit le jour...
C'est pourquoi la création tout entière fait monter vers la Vierge une louange sans fin, toute langue chante sa gloire d'une voix unanime, tous les hommes et tous les choeurs des anges ne cessent de créer des hymnes à la Mère de Dieu. Nous aussi, nous la chantons et nous lui offrons tous ensemble notre louange... A toi seule, Vierge digne de toute louange, ainsi qu'à ton amour pour les hommes, il appartient d'apprécier le bienfait de la grâce obtenue non par nous mais par ta générosité. Choisie comme don offert à Dieu parmi toute notre race, tu as paré de beauté le reste de l'humanité. Sanctifie donc notre coeur qui a conçu les paroles que nous t'adressons, et empêche le terrain de notre âme de produire aucun mal, par la grâce et la bonté de ton Fils unique, le Seigneur Dieu et notre Sauveur Jésus Christ.
Saint Nicolas Cabasilas (vers 1320-1363), théologien laïc grec
Homélie pour la Nativité de la Mère de Dieu, 16, 18 ; Patrologia orientalis, t. 19 (trad. Homélies mariales byzantines, p. 482s)
CORRECTION FRATERNELLE

18, 15-20
Le Seigneur Jésus a particulièrement insisté dans son enseignement et lui-même mis en pratique le devoir absolu de pardonner. Ce pardon qui est une façon de regarder celui qui vous a offensé avec le "regard de Dieu" n'est pas incompatible avec un autre devoir : celui de la correction fraternelle. Car, autre est l'offense que vous subissez et autre est la faute grave qu'un frère peut commettre et dont vous êtes témoin. Et tout aussi bien ce peut être vous le pêcheur qu'on vient trouver pour l'inciter à se repentir. Cela veut dire que nous sommes tous liés les uns aux autres. La faute d'un seul affecte toute la communauté. C'est un devoir fraternel, bien que difficile à assumer, de reprendre son frère. Il ne s'agit pas de juger, ni de le condamner, mais d'attirer son attention sur le mal qu'il fait. Il s'agit de "gagner son frère" et de ne pas le laisser se perdre, comme si nous étions indifférents à son égard. Il y faut beaucoup de prière, d'humilité et de délicatesse. Trop souvent nous dénonçons ou pire nous dénigrons celui qui a péché gravement. Trop souvent nous manquons de courage pour une démarche délicate. Le Seigneur nous incite à réviser nos rapports dans la communauté. Nous devons accepter humblement d'être repris, et d'avoir l'audace de dénoncer le péché et non pas le pêcheur, car c'est à la qualité de nos rapports, à leur vraie charité, qu'on nous reconnaîtra comme des disciples. Comme on le voit dans cet Évangile la correction fraternelle et la prières sont liées, car là ou deux ou trois sont réunis et s'aiment en vérité, le Christ est présent. Il est au milieu de nous.
EPHATA
« L'Epoux est avec eux »

De tous les mouvements de l'âme, de ses sentiments et de ses affections, l'amour est le seul qui permette à la créature de répondre à son Créateur, sinon d'égal à égal, du moins de semblable à semblable... L'amour de l'Époux, ou plutôt l'Époux qui est Amour ne demande qu'amour réciproque et fidélité. Qu'il soit donc permis à l'épouse d'aimer en retour. Comment n'aimerait-elle pas, puisqu'elle est épouse et l'épouse de l'Amour ? Comment l'Amour ne serait-il pas aimé ? Elle a donc raison de renoncer à toute autre affection pour s'adonner au seul amour, puisqu'il lui est donné de répondre à l'Amour par un amour réciproque.
Mais, même si elle fond tout entière en amour, que serait-ce en comparaison avec le torrent d'amour éternel qui jaillit de la source même ? Le flot ne coule pas avec la même abondance de celle qui aime et de l'Amour, de l'âme et du Verbe, de l'épouse et de l'Époux, de la créature et du Créateur ; il n'y a pas la même abondance dans la fontaine et dans celui qui vient boire... Les soupirs donc de l'épouse, sa ferveur amoureuse, son attente pleine de confiance, tout cela sera-t-il en vain parce qu'elle ne peut rivaliser à la course avec un champion (Ps 18,6), se vouloir aussi douce que le miel lui-même, aussi tendre que l'agneau, blanche à l'égal du lis, lumineuse comme le soleil, et l'égale en amour de celui qui est l'Amour ? Non. Car, s'il est vrai que la créature, dans la mesure où elle est inférieure au Créateur, aime moins que lui, elle peut encore l'aimer de tout son être, et rien ne manque là où il y a totalité...
C'est là l'amour pur et désintéressé, l'amour le plus délicat, aussi paisible que sincère, mutuel, intime, fort, qui réunit les deux amants non pas en une seule chair mais en un seul esprit, de sorte qu'ils ne soient plus deux mais un, selon saint Paul : « Qui s'attache à Dieu est avec lui un même esprit » (1Co 6,17).
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n° 83 (trad Béguin, Seuil 1953, p.849s rev)


