SAINT DOMINIQUE : UN HOMME EN NOIR ET BLANC
DOMINIQUE, à ce nom chacun d’entre nous associe, dans son coeur ou dans sa tête, une image ; images qui peuvent être très diverses et variées selon nos livres de piété ou nos livres d’histoire, selon nos sensibilités ou nos états de vie. Je ne ferai pas un tour exhaustif de toutes ces images, surtout qu’il est difficile d’enfermer dans des contours trop figés et précis cet homme toujours en mouvement, jusque dans sa prière. Je voudrais seulement avec vous ce soir, raviver les couleurs de cette image, et l’impression qu’elle peut produire en nous.
Une silhouette donc se découpe sur le chemin, un homme se découpe dans la lumière, qu’elle soit de Castille, du Lauragais ou de Lombardie, un homme se découpe en noir et blanc : blanc, l’habit de chanoine régulier de St Augustin, de celui qu’on appelait « seigneur Dominique », chanoine de la cathédrale d’Osmas ; noir, le manteau de voyage qui ne quitte plus les épaules de celui que l’on appelle désormais « frère Dominique » prédicateur mendiant de l’Évangile.
Blanc, cet homme qui n’a rien abandonné de son idéal régulier de prière et de méditation de l’Écriture, et qui dans la cohue des routes et des villes du XIII° siècle reste fermement établi en Dieu ; noir, cet homme dévoré du désir d’annoncer l’Évangile à tous les hommes, à pied et à mains nues ; et qui dans le silence du cloitre conventuel reste en route vers tous les pécheurs de la terre.
Dominique est un homme en noir et blanc : noir comme le creux de la nuit, blanc comme le plein jour. Dominique un homme de nuit et de jour : de nuit - la solitude, la compassion, les larmes ; de jour - la multitude, la gaité, le sourire et Jourdain de Saxe d’écrire : « il consacrait la nuit à Dieu et le jour au prochain ».
La nuit à Dieu ? Oui, mais pour les hommes ; à prier pour eux, à crier pour eux, à pleurer pour eux, portant toutes leurs misères dans la Miséricorde du Dieu-Crucifié.
Le jour au prochain ? Certes, mais pour Dieu : à L’annoncer, à Le louer, à témoigner de Lui, portant sa Miséricorde dans toutes les situations de misères des hommes pécheurs, admirable dialogue des nuits et des jours de Dominique réalisant l’unique et double commandement de l’amour du Seigneur, qui est toute la Loi et les Prophètes.
Admirable dialogue des nuits et des jours de Dominique où nous voyons se dessiner le mystère qui unifie la vie , le cœur de son être : la rencontre, l’union de la Miséricorde de Dieu et de la misère des hommes, union qui éclate dans la Croix de Jésus : la misère des hommes.
Croix qui manifeste en plénitude la vérité du Dieu qui se révèle et se donne à connaître ; Croix qui déploie à l’infini l’Amour du Dieu Sauveur faisant toute chose nouvelle et recréant l’homme à son Image et ressemblance.
Amour et Vérité sans cesse contemplés dans le grand livre de la Croix, Amour et Vérité sans cesse annoncés par tous les moyens à tous les hommes : c’est bien là ce que Dominique transmettra à ses frères, le but de son Ordre, c’est bien là ce qui réunit dans une même identité et une même communion fraternelle des hommes aussi divers que fr Thomas enseignant à l’Université et écrivant sa Somme, fr Ferrier Vincent prêchant les foules d’Europe à dos d’àne, fr Angélico peignant les murs des églises et des couvents, ou plus près de nous, fr Lataste et l’oeuvre de Béthanie, fr Lagrange fondant l’École Biblique et fr Couturier travaillant à l’Art sacré ... et tant d’autres qu’il faudrait nommer, tous fils de cet homme en noir et blanc, de cet homme en croix, qui a cheminé de nuit en jour et de jour en nuit jusqu’au soir de cette transfiguration de l’an 1221 où il est entré dans la nuée, Lumière-Ténèbres, où le Christ Jésus illumine de la gloire de Dieu ; Lumière que son visage avait réfléchie aux yeux de ses contemporains.
Au soir de sa pâque, Dominique laissait des fils et des filles, ou plutôt une communion de frères et de sœurs profondément et tendrement unis, comme en témoignent les sœurs Diane et Cécile.
A ses moniales, Dominique laisse la solitude de ses nuits pour porter toutes les misères humaines dans le sanctuaire de la Miséricorde de Dieu et à ses frères il laisse la multitude de ses jours pour porter la Parole du salut à tous les hommes, surtout ceux qui en sont le plus loin.
Depuis la famille dominicaine a grandi, les soeurs actives et les fraternités laïques ont rejoint les premiers frères et les premières moniales, pour dessiner une immense croix noire et blanche qui embrasse les quatre horizons de la terre et font se rejoindre en tout temps et en tous lieux la Miséricorde de Dieu et la misère des hommes pour que vienne le Royaume.
Chacun d’entre nous, ici ce soir, a sa place dans cette communion, à un titre ou a un autre ; à chacun d’entre nous d’être cet homme ou cette femme en noir et blanc cet homme ou cette femme en nuit et de jour, cet homme ou cette femme en croix pour que brille la Lumière de la Vérité et se déploient les ailes de l’Amour. Que Dieu en accorde la grâce par l’intercession de notre Père Dominique.

Le langage apocalyptique utilisé par Jésus vise le cœur des gens. En parlant d’événements futurs, le Seigneur s’adresse en fait au présent. Pourquoi ? Certes il décrit la fin du monde par des termes éclatants : « terrible détresse », « soleil obscurci », « lune sans éclat ». Cette agitation démesurée du cosmos n’est pas sans devoir être mise en parallèle avec les dangers actuels, écologique, atomique, crise économique mondiale, que traversent notre société planétaire. Sans concordisme, derrière ces descriptions effrayantes, se cache de manière symbolique l'histoire des hommes qui, laissée à elle-même, court à sa perte. Si Jésus parle de la fin d’un monde, c’est bien celui du vieil homme qui est en nous. Cet homme-là doit mourir. Spirituellement il y a lieu d’accueillir positivement l'ébranlement de nos fausses sécurités face à la grandeur de Dieu qui se révèle progressivement. Sa grâce, lentement mais sûrement, redonne à chacun sa vraie place. L'ordre divin détruit les étoiles de notre superbe et en lui s’obscurcit le soleil de notre suffisance. Tout cela est pour notre bien, car il est une vérité définitive qui remet en question tout oubli de Dieu : seul le Seigneur mène « pour toujours à leur perfection ceux qui reçoivent de lui la sainteté ». Sur ce chemin de transformation personnelle, le cœur de l'homme est conduit à se faire « tendre », à savoir, s’ouvrir sans cesse à la présence divine.
Contre toute fuite en avant dans les réalités mondaines, demandons au Seigneur la grâce de le prier pour accueillir notre vie de lui.
Extrait de Feu et Lumière de novembre 2009 (n° 288)
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitudes

Qu'est-ceque la contemplation ? Vivre la vie de Jésus. C'est ainsi que je la comprends. Aimer Jésus, vivre Sa vie aun sein de la nôtre au sein de la Sienne. C'est cela la contemplkation. Pour voir, pour contempler, un coeur pur nous est nécessaire - lavé de la jalousie, de la colère, de l'esprit de querelle, et particulièrement de l'absence de charité. Selon moi, la contemplation ne revient pas à s'enfermer dans un cabinet obscur, mais à permettre à Jésus de vivre Sa passion, Son amour, Son humilité en nous, de prier avec nous, d'être avec nous
.
Notre vie et notre contemplation sont une. Ce n'est pas là une question de faire mais d'être. Il s'agit en fait de la pleine jouissance de notre esprit par l'Esprit Saint qui insuffle en nous la plénitude de Dieu et nous envoie dans l'entière création comme Son message personnel d'amour.
Nous ne devrions perdre aucun temps à rechercher des expériences extrzordinaires au sein de notre vie contemplative, mais devrions vivre de la seule foi, toujours en éveil, prêts à Sa venue en accomplissant nos tâches journalières avec un amour et une flamme extraordinaires.
Cette vie contemplative qui doit être nôtre, qu'est-elle ? La conscience de la présence constante de Dieu et de Son tendre amour pour nous dans les plus petites choses de la vie. Etre en permanence à Sa disposition, L'aimer de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toute notre âme, et de toute notre force, quelle que soit la forme sous laquelle Il vient vers nous. Est-ce que ton esprit, ton coeur courent vers Jésus aussitôt que tu te réveilles ? C'est cela la prière, tourner ton esprit, ton coeur vers Dieu./
La prière est la vrai vie d'unité - être un avec le Christ. Aussi est-e ; nous devons prier avec dévotion, ferveur, piété. Nous devons prier verc persévérance, dans un grand élan d'amour. Et si nous ne prions pas, notre témoignage sera vain, notre parole sonnera creux..
lle nécessaire comme l'air qu'on respire, le sang qui circule dans nos veines et toute autre chose quiç nous mùaintien en vie par la grâce de Dieu. Prier généreusement ne pourrait pourtant suffire ; nous devons prier avec dévotion, ferveur, piété. Nous devons prier avec persévérance , dans un grand élan d'amour.Et si nous ne prions pas, notre témoignage sera vain, notre parole sonnera creux.
Nous avons besoin que l'on prie pour nous afin que nous servions mieux l'oeuvre de Dieu, afin qu'à chaque instant nous sachions nous en remettre complètement à LMui. Notre devoir ? Faire tous les efforts nécessaires afin de toujopurs marcher en porésence de Dieu, de Le percevoir dans chaque être rencontré, et de vivre la prière sans discontinuer.
MERE TERESA

" Jésus parlait à ses disciples de son retour : «Dans ces jours-là, après
cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune perdra son éclat, les
astres tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux
seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'Homme revenir sur les
nuées avec une grande puissance et gloire. Il enverra les anges et il
rassemblera les élus des quatre vents, de l'extrémité de la terre à
l'extrémité du ciel.
" «Tâchez de saisir la comparaison du figuier. Dès que ses rameaux
deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous savez que l'été
est proche. De même, quand vous verrez ces événements se produire,
sachez que le Fils de l'Homme est proche, puisqu'il est aux portes. Oui,
vous dis-je, cette race ne passera point que tout cela ne soit arrivé.
Ciel et terre peuvent passer, mes paroles ne passeront point.
" «Pour ce qui est du Jour et de l'Heure, personne ne le sait, ni les
anges dans le ciel, ni même le Fils, mais seulement le Père.» "
Homélie :
" Jésus parlait à ses disciples de son retour : «Dans ces jours-là, après
cette détresse, le soleil s'obscurcira, la lune perdra son éclat, les
astres tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux
seront ébranlées.» "
Bientôt, dans peu de temps, le Seigneur Jésus reviendra sur terre pour
juger les vivants et les morts. Ce que je dis là est vrai : car Jésus
peut revenir sur terre à tout moment. Jésus lui-même l'a dit : "Pour ce
qui est du Jour et de l'Heure, personne ne le sait, ni les anges dans le
ciel, ni même le Fils, mais seulement le Père." Cela nous fait peur ?
Pourquoi ? N'avons-nous pas confiance en celui qui doit nous juger ?
Jésus n'est-il pas notre avocat auprès du Père ? Marie, sa Mère, et
notre Mère, n'est-elle pas à ses côtés pour intercéder en notre faveur ?
En cette fin d'année, ravivons notre confiance en Jésus, notre Sauveur
tout-puissant ! Nous, qui croyons en la Parole de Dieu, soyons confiants
que le Seigneur va mettre tout en oeuvre pour que nous paraissions devant
lui pour nous entendre dire : "Très bien, bon et fidèle serviteur ; tu as
été fidèle en peu, je te confierai beaucoup ; viens te réjouir avec ton
maître." (Mt. 25, 23) Et encore : "Venez, les bénis de mon Père, prenez
possession du royaume qui vous est destiné depuis la création du
monde." (Mt. 25, 34)
Aujourd'hui, dans l'évangile de ce dimanche, Jésus ne nous donne-t-il pas
des signes pour que, quand il viendra, nous soyons prêts à l'accueillir ?
N'est-ce pas là un signe de bonté et de miséricorde ? Si le Seigneur
avait décidé de nous punir pour l'éternité, sans aucun doute, il
reviendrait sans nous prévenir, à l'improviste. Mais non. Le Seigneur
est bon et il nous donne des signes qui annoncent son retour : à nous d'y
être attentifs. Sinon, si nous ne l'attendons pas, sûrement, il nous
condamnera pour l'éternité...
" «Alors on verra le Fils de l'Homme revenir sur les nuées avec une grande
puissance et gloire. Il enverra les anges et il rassemblera les élus des
quatre vents, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel.» "
"Alors on verra le Fils de l'Homme revenir..." Si Jésus revient en Israël
ou en Palestine (ce qu'on peut supposer raisonnablement)
tous les hommes et toutes les femmes soient rassemblés là-bas pour
pouvoir voir le Seigneur : "Alors on VERRA le Fils de l'Homme revenir..."
Pour Jésus, il n'y aura aucun problème à cela : il est tout-puissant et
il peut fort bien amener à lui tous les hommes et toutes les femmes, ou
bien se rendre visible partout en même temps, en tous les endroits de la
terre.
Mais, il y a plus aujourd'hui : c'est la télévision ! Ce moyen moderne,
de notre temps, du moment présent, permet de visionner partout en même
temps (à quelques fractions de seconde près) l'événement qui a lieu en un
endroit déterminé sur la terre. D'ailleurs, l'utilisation d'une telle
technique confirme, en un certain sens, ce que Jésus disait au sujet du
jour et de l'heure : "Pour ce qui est du Jour et de l'Heure, personne ne
le sait..." En effet, ce qui se déroulera en Terre Sainte le 27 décembre
2006 à 7 heures du matin sera vu en Californie le 26 décembre 2006 à 9
heures du soir environ...
" «Tâchez de saisir la comparaison du figuier. Dès que ses rameaux
deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous savez que l'été
est proche. De même, quand vous verrez ces événements se produire,
sachez que le Fils de l'Homme est proche, puisqu'il est aux portes.» "
"Tâchez de saisir la comparaison du figuier." Le Seigneur a-t-il voulu
dire par là que son retour aurait lieu durant l'été ? "Dès que ses
rameaux deviennent tendres, et que les feuilles poussent, vous savez que
l'été est proche." La chose est possible : c'est une indication
probable. Jésus n'est-il pas le Soleil de Justice ? Or, c'est bien
durant l'été que le soleil donne tout son éclat et toute sa puissance.
Mais, sera-ce l'été dans l'hémisphère Nord ou dans l'hémisphère Sud ?
Jésus nous donne bien des signes, mais en même temps, il nous laisse dans
une relative incertitude, car la règle demeure : "Pour ce qui est du Jour
et de l'Heure, personne ne le sait..."
" «Oui, vous dis-je, cette race ne passera point que tout cela ne soit
arrivé. Ciel et terre peuvent passer, mes paroles ne passeront point.» "
Chaque génération d'hommes et de femmes s'attend à ce que Jésus revienne
sur terre. Les premiers chrétiens l'attendaient avec un ferme espoir
(cf. 1 Thess. 4, 17). Beaucoup de générations ont été déçues parce que
cette promesse du retour du Seigneur ne s'était pas encore accomplie...
Pourtant, il viendra certainement une génération d'hommes et de femmes
qui verra Jésus revenir dans sa Gloire à la fin des temps. Cette
génération ne cessera de crier, avec le Psalmiste : "Je serai rassasié
quand apparaîtra ta gloire !" (Ps. 16, 15) Serons-nous cette
génération ? Si nous avons confiance en Jésus Sauveur, pourquoi ne pas
l'espérer...
Marie est la Reine des Anges ! Déjà, dans la communion du Père, Elle
prépare le Retour de son Fils ! Déjà, Elle nous attend et Elle nous
regarde, désirant avec tout son Amour que tous ceux qu'Elle a enfantés
dans la foi soient à jamais avec Elle dans le Ciel ! Faisons confiance à
Marie ! Demandons-lui de nous conduire par la main jusqu'aux Portes de
l'éternité !
Chanoine Dr. Daniel Meynen

Le monde est en crise », répète-t-on depuis des années. Par-delà les conflits sociaux et les tensions politiques, le marasme économique et les bouleversements écologiques, on parle volontiers d’un malaise général, de "crise spirituelle". Sans verser dans un pessimisme démesuré, force est de constater que peu échappent à la contagion d’un mystérieux malêtre : chrétiens ou non, consacrés dans la vie religieuse, le sacerdoce ou le laïcat, jeunes et moins jeunes, milieux protégés ou défavorisés, familles unies ou éclatées... Essayons d’envisager ce “blues” existentiel sous l’angle de la foi, d’une vie en Jésus-Christ. Posonsnous d’emblée la question : peut-on vivre de confiance en Dieu sans connaître de crises, sans traverser les brouillards du doute ? Quel que soit le contexte culturel, la réponse s’impose d’elle-même pour peu que nous ayons quelques années de cheminement chrétien en Église... Impossible de s’en remettre réellement à quelqu’un, d’embrasser une vie commune, sans changer ses habitudes, sans quitter sa routine quotidienne de “vieux garçon” ou de “vieille fille”. Faire place à autrui dérange forcément une ligne de conduite “perso”, rivée sur le volant de sa seule volonté. Il en va de même et bien davantage avec cet Autre par excellence : Dieu.
Un autre chemin
Vivre de foi en Dieu, c’est respirer un autre air que celui du temps qui passe. Au fil du quotidien, au gré des changements de cap et des fluctuations de l’âge, l’évangile nous appelle à mettre nos pas dans les pas de Jésus-Christ, « à quitter nos chemins pour trouver le Chemin ». Là, seul « l’aveugle, guidé par la Foi et l’Amour », peut y avancer (Jean de la Croix). Une voie de confiance et d’amour s’ouvre, qui tend à l’abandon radical dans les bras de Dieu, dirait Thérèse de Lisieux. Et lorsque la même Thérèse écrit que « c’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour » (LT 197), elle l’affirme après avoir souligné la nécessité de « rester pauvre et sans force ».
Pauvre d’assurance tout risque et de recours à ses seules forces; « et voilà le difficile », ajoute-elle avec bon sens. En effet, si la confiance conduit à la lumière de la vie et à l’Amour, son fond divin, elle se conjugue avec une étrange opacité et une réelle vulnérabilité, une “pauvreté” et une “faiblesse”. Sur la voie qu’elle trace, elle exige de celui qui s’en réclame, un tribut d’obscurité, une marge d’inconnu, un halo d’insécurité. Entrer dans la confiance, c’est s’ouvrir et se confier à un autre que soi. C’est mettre dans l’ombre ses repères, quitter son autosuffisance, abandonner la sphère de sa seule volonté, de sa seule sagesse. C’est sortir de soi et être conduit vers autrui. Au terme, c’est être introduit dans un mystère d’alliance et d’amour.
L’épreuve de la foi
De plus, une autre obscurité vient interférer dans ce processus de sortie de soi vers Dieu : les ténèbres d’iniquité. Elles opèrent d’autant plus violemment et insidieusement que l’homme s’engage vers Dieu avec ferveur et rectitude. Elles donnent à l’épreuve la connotation de la tentation. Celle qu’a connue Simon- Pierre, à l’heure de la Passion du Christ, est exemplaire. Jésus en fait lui-même la prédiction : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas » (Lc 22, 31-32). Usant des faiblesses morales et psychiques de l’homme, les Ténèbres impriment à l’épreuve de la foi les traits du doute. Un doute formel, une remise en question frontale de Dieu, de la manière dont Il se révèle et se communique aux hommes. Le doute pousse l’homme à la défiance envers Dieu et finalement à l’oubli. Doute et oubli contre lesquels nous prions d’être protégés durant la Vigile pascale : « Que demeure en vous la grâce de Dieu », dit le prêtre au moment de la triple bénédiction finale, « la grâce pascale qu’il vous offre aujourd’hui : qu’elle vous protège de l’oubli et du doute ».
L’exemple de Thérèse
Prenons le fort témoignage de Thérèse de Lisieux. À compter d’avril 1896 et jusqu’à sa mort, Thérèse avance dans la nuit. Une nuit de la foi vécue dans la foi. Non seulement Thérèse est gagnée par un non-goût de Dieu mais elle est assaillie par d’incessants murmures qui insinuent, par-delà sa vie présente, un éternel néant : Les ténèbres empruntant la voix des pécheurs, écrit-elle, me disent en se moquant de moi : Tu rêves la lumière, une patrie embaumée des plus suaves parfums, tu rêves la possession éternelle du Créateur de toutes ces merveilles, tu crois sortir un jour des brouillards qui t'environnent, avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant (C G, 6 vE). Une lourde opacité envahit Thérèse au point d’assombrir sa foi et d’éclipser son espérance. Si vous saviez dans quelles ténèbres je suis plongée, confie-telle à soeur Thérèse de Saint-Augustin. Je ne crois pas à la vie éternelle ; il me semble qu’après cette vie mortelle, il n’y a plus rien ; tout a disparu pour moi, il ne me reste plus que l’amour. « Elle me parlait de cet état d’âme comme d’une tentation », dira la soeur.
Son “épreuve de la foi”, ainsi que Thérèse l’appelle, revêt une rare violence parce qu’elle est altérée par la tentation du doute en l’existence du Ciel. Thérèse fut acculée à ratifier ce que le doute lui suggérait. Ce qu’au plus fort de l’épreuve, elle ne fit jamais. Certes, Thérèse a subi les morsures du doute. Elle n’en est pas moins demeurée dans la foi. Une foi assombrie, mais non anéantie. Finalement, une foi décuplée, affermie par sa mise à l’épreuve.
Foi et doute
Précisons ici un point capital. Un point de discernement. Comme telle, la foi n’incline pas à douter. Elle encourage à croire. Elle porte vers Dieu comme vers son principe. Elle pousse à se livrer à la Vie, à l’Amour, à Dieu. La foi engage parce qu’elle est fondée sur la reconnaissance certaine de la bonté de Dieu. Le doute, s’il s’installe, alimente le soupçon, l’inconstance, la diversion, l’oubli. Il paralyse le don de soi. La confusion entre foi obscurcie et doute survient lorsque la foi emmène le croyant à purifier, à approfondir, à simplifier sa relation avec Dieu. La tentation du doute double alors l’épreuve de la foi. C’est la passion de la vérité de la foi. Alors que Dieu saisit l’homme pour le faire entrer dans la vérité tout entière de son Mystère, le doute ténébreux s’insère dans le mouvement même de ce passage vers la plénitude de l’Amour. Il insinue au coeur du croyant l’absurde, le non-sens, le néant.
Un enfantement nécessaire
Les chemins de la foi traversent les voiles déformants du doute au moment des grands assainissements de l’âme, des grands détachements, des grands délaissements. À l’occasion de tel ou tel événement déstabilisant, l’épreuve de la foi est enfantement, purification du coeur, angoissante et régénératrice. Elle est nécessaire. Elle entraîne à l’abandon confiant vers l’ être et la Vie, vers leur commune Source : Dieu. La diffusion du doute, inévitable, est sa contrefaçon, déprimante et dévitalisante, en forme de tentation vers le néant et la mort, vers leur commune origine : les ténèbres.
La certitude de la foi est obscure, répète Jean de la Croix. Elle n’épargne pas le croyant à passer par “l’épreuve de la foi”. Ce passage, tout à la fois, déchire et bonifie, bouleverse et transforme la personne. La pesanteur du péché, conjuguée à l’action ténébreuse, tend à en faire une impasse, un moment de torpeur existentielle et de dispersion relationnelle, de débrayage spirituel et de fuite de Dieu, d’oubli de sa Parole.
La figure de ce monde, avec ses crises et ses bouleversements, passe. Si demeure en nous l’humilité du pauvre et la confiance de l’enfant, n’ayons crainte de passer au crible du doute. Car le Royaume de Dieu est donné au pauvre et “le Ciel est pour l’enfant”
.
(Auteur : Fr. Jean Clapier - Parution F&L n° 243 d'Octobre 2005)

Au Royaume des cieux, tous ensemble, et comme un seul homme, seront un seul roi avec Dieu, car tous voudront une seule chose et leur volonté s'accomplira. Voilà le bien que, du haut du ciel, Dieu déclare mettre en vente.
Si quelqu'un se demande à quel prix, voici la réponse : il n'a pas besoin d'une monnaie terrestre, celui qui offre un Royaume dans le ciel. Personne ne peut donner à Dieu que ce qui lui appartient déjà, puisque tout ce qui existe est à lui. Et cependant, Dieu ne donne pas une si grande chose sans qu'on n'y mette aucun prix : il ne la donne pas à celui qui ne l'apprécie pas. En effet, personne ne donne ce qui lui est cher à celui qui n'y attache pas de prix. Dès lors, si Dieu n'a pas besoin de tes biens, il ne doit pas non plus te donner une si grande chose si tu dédaignes de l'aimer : il ne réclame que l'amour, sans quoi rien ne l'oblige à donner. Aime donc, et tu recevras le Royaume. Aime, et tu le posséderas... Aime donc Dieu plus que toi-même, et déjà tu commences à tenir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel.
Saint Anselme (1033-1109), moine, évêque, docteur de l'Église
Lettre 112, à Hugues le reclus (trad. Orval)
Deux personnages sont ici mis en parallèle : celui du scribe et celui de la pauvre veuve que Jésus décrit pour faire passer son message. Lequel ? La vraie richesse est celle de la pauvreté bien comprise. Le scribe est ce spécialiste chargé, au temps de Jésus, d’être l'interprète officiel des saintes Écritures. Au terme de longues études, vers l'âge de 40 ans, il était ordonné, ce qui lui conférait autorité dans les décisions juridiques, particulièrement au sanhédrin où il siégeait de droit. Personnage éminent, souvent aisé, il a “opinion” sur rue. Mis à l'honneur dans la vie publique, Jésus le décrit pourtant comme riche de son apparence sociale et le charge, parce qu’il « dévore le bien des veuves ». La vraie richesse n’est pas là : ni dans le savoir, ni dans la bourse, ni dans la bonne image sociale, elle se dévoile ailleurs dans l'attitude du cœur. Cet être rempli de confiance à l'égard de Dieu est représenté par la pauvre veuve qui, à l'image de la veuve de Sarepta donnant toute sa farine au prophète Élie, dépose tout son bien dans le tronc du Temple. Elle donne discrètement de son indigence tandis que les riches y versent de leur superflu : « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Voilà la vraie richesse : tout donner et découvrir au cœur de ce sacrifice combien l'amour véritable ne calcule pas car « la confiance en l'amour fait des miracles ».
Père Tanguy-Marie
Prêtre de la Cté des Béatitude
Le psalmiste dit : « Le pain fortifie le coeur de l'homme et le vin réjouit le coeur de l'homme » (Ps 103,15). Pour ceux qui croient en lui, le Christ est nourriture et breuvage, pain et vin. Il est pain, lorsqu'il nous donne force et fermeté, selon cette parole de Pierre : « Quand vous aurez un peu souffert, le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés à sa gloire éternelle dans le Christ, vous rétablira et vous donnera force et fermeté » (1P 5,10). Il est breuvage et vin lorsqu'il réjouit, selon le mot du psalmiste : « Réjouis l'âme de ton serviteur, car j'élève mon âme vers toi, Seigneur » (Ps 85,4).
Tout ce qui en nous est fort, solide, ferme, allègre et joyeux pour accomplir les commandements de Dieu, supporter les maux, agir dans l'obéissance, défendre la justice, tout cela est force de ce pain ou joie de ce vin. Heureux ceux dont l'action est forte et joyeuse ! Et puisque personne ne le peut de soi-même, heureux ceux qui désirent avidement s'attacher à ce qui est juste et honnête et être en toutes choses fortifiés et réjouis par celui qui dit : « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » (Mt 5,6). Si le Christ est dès maintenant pain et breuvage pour la force et la joie des justes, combien plus le sera-t-il dans la vie future, quand il se donnera aux justes sans mesure ?
Baudoin de Ford (?-v. 1190), abbé cistercien
Le Sacrement de l'autel, II,3 ; PL 204, 691 (trad. Orval ; cf SC 93, p.255 )
Le bois de la vigne, une fois planté en terre, porte du fruit quand vient le temps. De même, le grain de froment, après être tombé en terre et s'y être dissous (Jn 12,24), resurgit multiplié par l'Esprit de Dieu qui soutient toutes choses. Ensuite, grâce au savoir faire, ils viennent à l'usage des hommes ; puis, en recevant la Parole de Dieu, ils deviennent eucharistie, c'est à dire le Corps et le Sang du Christ.
De même nos corps, qui sont nourris par cette eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s'y être dissous, ressusciteront en leur temps, lorsque le Verbe de Dieu les gratifiera de la résurrection, « pour la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11). Car il procurera l'immortalité à ce qui est mortel et l'incorruptibilité à ce qui est périssable (1Co 15,53), parce que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse (2Co 12,9).
Dans ces conditions nous nous garderons bien, comme si c'était de nous-mêmes que nous avons la vie, de nous enfler d'orgueil, de nous élever contre Dieu en acceptant des pensées d'ingratitude. Au contraire, sachant par expérience que c'est de sa grandeur à lui...que nous tenons de pouvoir vivre à jamais, nous ne nous écarterons pas de la vraie pensée sur Dieu et sur nous-mêmes. Nous saurons quelle puissance Dieu possède et quels bienfaits l'homme reçoit de lui. Nous ne nous méprendrons pas sur la vraie conception qu'il faut avoir de Dieu et de l'homme. D'ailleurs..., si Dieu a permis notre dissolution dans la terre, n'est-ce pas précisément pour que, instruits de toutes ces choses, nous soyons dorénavant attentifs en tout, ne méconnaissant ni Dieu ni nous-mêmes ?... Si la coupe et le pain, par la Parole de Dieu, deviennent eucharistie, comment prétendre que la chair est incapable de recevoir la vie éternelle ?
Saint Irénée de Lyon (v. 130-v. 208), évêque, théologien et martyr
Contre les Hérésies V, 2,3 (trad. SC 153, p. 37s rev.)
L'humilité n'est pas seulement de nous défier de nous-mêmes, mais aussi de nous confier en Dieu ; la défiance de nous et de nos propres forces produit la confiance en Dieu, et de cette confiance naît la générosité d'esprit. La très sainte Vierge Notre Dame nous a montré un exemple très remarquable à ce sujet lorsqu'elle prononça ces mots : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Quand elle dit qu'elle est la servante du Seigneur, elle fait un acte d'humilité le plus grand qu'il puisse jamais se faire, d'autant qu'elle oppose aux louanges que l'ange lui donne -- qu'elle sera mère de Dieu, que l'enfant qui sortira de ses entrailles sera appelé le Fils du Très-Haut, dignité plus grande que l'on eût pu jamais imaginer -- elle oppose, dis-je, à toutes ces louanges et grandeurs sa bassesse et son indignité, disant qu'elle est la servante du Seigneur. Mais notez bien que dès qu'elle a rendu le devoir à l'humilité, tout de suite elle fait une pratique de générosité très excellente, en disant : « Qu'il me soit fait selon ta parole ».
Il est vrai, voulait-elle dire, que je ne suis, en aucune façon, capable de cette grâce, eu égard à ce que je suis de moi-même, mais en tant que ce qui est bon en moi est de Dieu et que ce que tu me dis est sa très sainte volonté, je crois que cela peut se faire et qu'il se fera ; et, sans douter aucunement, elle dit : « Qu'il me soit fait ainsi que tu le dis ».
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
Entretien 5 (in Desjardins, Le Livre des quatre amours, Desclée 1964, p. 142 rev. ; français modernisé)